L'Heure CreuseAU FOND, NOUS LE CONNAISSONS TOUS
Tu y es déjà entré, un jour, sans le voir.
Tout en haut
Il y a un café, quelque part, à l'heure où le jour hésite. Tu y es déjà entré. Il était là, au fond, devant une tasse qui ne fume plus. Tu ne l'as pas vu — on ne le voit jamais. Et pourtant, au fond, nous le connaissons tous.
La ligne
Il aligne trois petites choses, jusqu'à ce qu'elles soient parfaites, et il sourit comme un enfant. Ce geste, tu l'as déjà fait, sans savoir pourquoi. C'était lui, en toi, qui souriait.
La tasse
Parfois une tasse tremble, et aucune main ne l'a touchée. Tu dis : un camion, un courant d'air. Tu as raison de ne pas chercher. Mais quelque part en toi, tu sais que c'était lui qui passait.
Le ricanement
Et puis il rit. Pas un rire d'homme : un rire bas, sans bruit, que pourtant tout entend. Tu l'as déjà entendu, une nuit, sans savoir d'où il venait. Ce n'était pas de la moquerie. C'était de la tendresse — il connaît la fin, et il la trouve belle.
La serveuse
Un jour, quelqu'un près de toi s'est figé sans raison, le souffle court. Ce n'était pas la peur. C'était d'avoir été vu — vraiment vu — une seconde, par quelque chose de très vaste et de très doux. Nous l'avons tous été, au moins une fois.
Le départ
Il se lève, il s'en va, et le monde se remet à bouger comme si de rien n'était. Tu ne te souviendras pas de lui ; personne ne se souvient. Et c'est très bien ainsi. Car nous n'avons pas besoin de nous souvenir de Yaka : au fond, nous le connaissons déjà, depuis toujours.
« Tu ne te souviendras pas de lui. Tu n'en as pas besoin : au fond, tu le connais déjà. »